L’Ennedi l’un des plus beaux bastions tassilliens du Sahara

Les voyages dans le desert et en randonnée chamelière effectuées sur la bordure occidentale semblent être “classiquL’Ennedies” mais restent de véritables expéditions au sens noble du terme.

Voyager en Ennedi, c’est découvrir jour après jour un environnement étonnamment varié. L’eau, en s’écoulant, a sculpté les grès en formes invraisemblables ; le vent a continué son œuvre d’art destructrice. Cette érosion puissante et inéluctable a creusé dans les plateaux austères, des canyons et des gouffres profonds, des dédales chaotiques de blocs gréseux, des labyrinthes aux enchevêtrements inattendus. La lisière occidentale du massif, très tourmentée, érige des massifs rocheux dont les grès forment des paysages d’une rare beauté, où le blond du sable vient mordre sur le rouge de leur patine.

L’Ennedi est le carrefour des diverses influences que lui permet sa position unique sur la bordure méridionale du Sahara. Sur un fond de Sahara omniprésent, la végétation africaine fait exploser son exubérance aux creux des gorges, tandis que la végétation éthiopienne, voire indienne, se cache discrètement dans les replis et les niches d’altitude. Ce mariage heureux donne au massif une richesse naturelle et un environnement étonnant.

Haut-lieu de l’art rupestre saharien, l’Ennedi reste un champ de prospection immense, tant le massif est grand et importante l’abondance des sites. Dans des styles très autonomes par rapport au reste du Sahara, la diversité et la beauté de l’art pariétal y sont remarquables.

Géomorphologie de l’Ennedi

L’Ennedi est un massif de forme triangulaire, d’une superficie à peu près équivalente au territoire Suisse, constitué de grès continentaux primaires posés sur le socle précambrien (granite). Il est formé de strates gréseuses horizontales, superposées, non plissées et qui ont été affectées ultérieurement de failles profondes où se sont engouffrés les réseaux hydrographiques.

Des grés relativement compacts déterminent, au Sud-ouest du massif, des plaines ou des plateaux semés de butte-témoins et de lignes de falaises entaillées de gorges. Les grottes et les auvents y abondent, soit au pied des escarpements, soit à diverses hauteurs précédées de confortables terrasses, nées du contact de bancs de grés de résistances différentes.

Au nord du massif, le grés Dévonien génère des éboulis, peu d’escarpements et peu de cavités.

Grâce à sa situation géographique, le massif gréseux de l’Ennedi est unique au Sahara. Situé aux confins Nord-Est du territoire tchadien, il offre une remarquable palette de paysages. Ses sites d’art pariétal et la richesse de son environnement naturel sont saisissants.

Il est situé au croisement approximatif du méridien passant par Athènes et du parallèle passant par Saint-Louis du Sénégal. Sa position est très orientale et les zones piémonts qui la circonscrivent à l’Est et au Nord touchent la République du Soudan et la République de Libye.

L’Ennedi est un massif montagneux limité par des falaises abruptes. L’altitude moyenne des plaines occidentales et orientales est de 500 mètres alors que les points hauts culminent à 1230 mètres, pour le plateau de Basso. Celui-ci est difficilement franchissable sauf par de rares passes empruntées par des pistes chamelières impraticables pour les véhicules. C’est la principale raison pour laquelle il est resté et demeure encore en dehors des courants de circulation. S’aventurer en Ennedi, en s’écartant des rares pistes chamelières classiques, est une véritable aventure. L’Ennedi possède aussi cet immense privilège de posséder encore des terres vierges, labyrinthes de rochers inextricables

Les deux enclaves de Koboué et de Maya offrent des spectacles des plus imposants. L’érosion, dans ces grés particulièrement tendres, a réussi à creuser des gouffres gigantesques. Ces deux zones caractéristiques sont intéressantes aussi de par leur situation géographique, l’une se situant sur le versant Sud et l’autre sur le versant Nord de l’Ennedi. Les réseaux hydrographiques s’ouvrent sur deux systèmes bien distincts, vers le lac Tchad au Sud-Ouest et vers le Nil au Nord-est.

Composé de bastions comparables à de gigantesques citadelles, ce relief constitue certainement le biotope le plus extraordinaire de l’Ennedi. Le massif de Déli, le Mont Aloba, le massif de Bachikélé, pour ne citer qu’eux, sont forgés à la même échelle, construits suivant le même style. Ce sont d’énormes blocs de grés siluriens fortement burinés.

Guelta d’Archeï

La célébrité de la guelta d’Archeï est surtout due à la présence de quelques crocodiles, reliques vivantes du temps passé où tout le massif de l’Ennedi était parcouru par un réseau hydrographique en liaison directe avec le réseau tropical. Elle attire de très nombreux troupeaux venant surtout du Sud du massif.

Les crocodiles habitués à voir chaque jour des animaux domestiques boire dans leurs gueltas, sont devenus presque familiers et se laissent approcher. Leur nombre relativement stable ne semble pas dépasser la demi-douzaine.

Les Monts Aloba et l’arche magistrale

En prolongeant notre voyage vers l’est, nous coupons alors un autre oued majeur du massif, l’oued Nohi et nous entrons dans la région de Bamena. Pitons rocheux, cathédrales de grès alternent avec de gros massifs de dunes et de dépressions sablonneuses occupées par des acacias verts et quelques campements Toubous. Chaque point proéminent, même peu accessible, est constellé de tombes à tumulus d’époque prè-islamiques.

En contournant un imposant massif, nous atteignons l’élégante arche d’Aloba. D’une hauteur impressionnante, elle figure par mis les arches naturelles les plus grandes jamais observées. Ce monument s’appuie sur le « plateau socle » des Monts Aloba, montagne encore aujourd’hui considérée comme sacrée et invisible par l’ethnie Bideyat

EXPLORATION DU COEUR DE L’ENNEDI

Le gouffre de Koboué

En novembre 2000 puis janvier 2001, j’ai guidé deux voyages d’exploration dans l’Ennedi, l’un des massifs sahariens les plus méconnus. Depuis les gorges et la guelta d’Archeï, et jusqu’au gouffre de Koboué, ce périple chamelier impressionnant par la splendeur des paysages, fut une belle réussite.

Suite à notre précédente mission, le témoignage du professeur Hubert Gillet était éloquent :

Le professeur H. Gillet avait abordé le gouffre de Koboué le 25 septembre 1958.

Nous fumes alors les premiers européens à fouler à nouveau ces lieux improbables.

Le cratère de Gweni-Fada

En novembre 2005, une nouvelle expédition a eu pour but de poursuivre la découverte de cette « terra incognita ». Après avoir parcouru les hauts plateaux, nous atteignîmes le gouffre Koboué. Nous consacrâmes trois jours à la découverte des environs et de la gorge.

Plus au nord une étrange dépression circulaire d’une quinzaine de kilomètres de diamètre attire notre attention depuis quelques temps ; cette « curiosité » s’appelle Gweni-Fada. Très caractéristique sur certains relevés aériens et satellites, il s’agit d’un cratère météoritique qui reste encore aujourd’hui peu exploré. Ce voyage fut ambitieux et engagé, dans une des zones totalement inconnues, et exigea une organisation sans faille.

Aujourd’hui, nous poursuivons nos voyages au Tchad, dans le massif de l’Ennedi et aussi celui du Tibesti. Ces voyages sont de véritables expéditions …