Comment voyager dans le Hoggar Sahara algérien

hoggarJ’ai réalisé un rapide aller-retour à Tamanrasset dans le sud algérien. Séjour trop court pour voyage dans le désert mais fait d’agréables retrouvailles, tant avec les hommes qu’avec les volcans…

A cette occasion, nous sommes montés par les pistes jusqu’aux sommets du massif, l’Atakor, et avons dormi au pied de l’Assekrem. Ce plateau volcanique où le Père de Foucauld avait établi un ermitage au début du siècle dernier. Le Hoggar, c’est un peu mon jardin.

Et de fait, pendant les quelques années où j’ai résidé à Tamanrasset , j’ai pris un énorme plaisir à le parcourir à pied, en véhicule ou à chameau avec des amis touaregs. Il m’est même arrivé de servir de chien pour rabattre un mouflon vers un ami chasseur. Rassurez-vous, nous n’avons jamais tué la moindre bête !

Ensuite, et malgré l’attachement que j’ai pour cette région, j’ai été confronté à la difficulté de la vendre et même de convaincre les vendeurs qu’il était possible d’y faire des voyages exceptionnels. Aux yeux de la plupart, ce paysage de cailloux, pour ne pas dire de caillasse, ne présentait aucun intérêt en comparaison des infinies déclinaisons de sable et de roche que l’on trouve dans les tassilis, plus au sud. A mon grand regret, car j’avais vraiment à coeur de donner du travail aux chameliers dans le Hoggar.
Et ce rapide voyage m’a vraiment donné à vivre ce qu’il ne fallait pas faire en matière d’offre touristique. A partir d’un même désir de découverte, mais avec des approches, des mises en scènes, des animations différentes on pouvait réaliser soit voyage extraordinaire soit une épreuve physique et psychologique, selon que l’on voyage d’une façon ou d’une autre :

Pour apprécier le Hoggar, il faut prendre son temps. Ce pays ne s’aborde pas facilement, il se mérite. Il faut partir en randonnée chamelière ou en méharée, en petit groupe en compagnie de touaregs originaires du massif. Vous remontez ainsi des oueds à la végétation souvent impressionnante, vous croisez régulièrement de points d’eau, certains même avec des poissons, vous avancez sur des pistes chamelières tracées par le temps. A l’Assekrem, vous dormez dans un oued pour être à l’écart des flux touristiques mais pas trop éloigné cependant pour pourvoir monter et assister au mythique le lever de soleil sur le massif. Vous découvrez la variété des paysages et appréciez leur lente évolution. Et surtout, au hasard des rencontres avec les quelques campements présents le long de l’itinéraire, vous avez la chance d’être confrontés au monde touareg et à son mode de vie. Rapide et superficiel certes, mais bien moins que dans l’option décrite plus bas… Il est encore temps de vivre cette «expérience » et cette immersion, car avec la disparition de la génération des vrais guides et éleveurs nés dans le désert et y ayant toujours vécu, ce mode d’approche ne sera plus possible ou sera réservé à un public choisi. Il est encore temps.

Pour ne pas apprécier le Hoggar, il vous faut monter dans un véhicule pour aller à l’Assekrem y passer une nuit et en revenir le lendemain. La plupart du temps dans un convoi serré de plusieurs véhicules, en suivant ou en croisant d’autres… De ce « voyage » vous aurez passé au total près de 8 heures dans un véhicule plus ou moins confortable. Vous aurez avalé une bonne quantité de poussière car les véhicules se suivent de suffisamment près pour empêcher la poussière de leur passage de se déposer. Vous aurez probablement une musique dans l’habitacle durant la totalité du trajet, au risque de vous dégoûter à vie de l’agréable musique locale… Du paysage vous verrez essentiellement des plateaux, une piste automobile en mauvais état et à l’horizon des pitons volcanique dont la monotonie vous viendra plus vite à l’esprit que la variété. En route vous vous arrêterez au gré des envies photographiques des participants. A l’Assekrem, vous dormirez dans un refuge, dans des pièces surpeuplées, sans aucun confort, sans eau avec pour seule consolation la bonne qualité des repas et la gentillesse de vos hôtes. Au retour à Tamanrasset, vous aurez mal au dos, mal aux yeux. Et vous vous direz que c’est cher payé pour aller voir ce lieu extraordinaire qu’est l’ermitage du Pére de Foucauld.

Car de toute façon il faut aller là-haut. Pour l’extraordinaire beauté minérale et austère des paysages. Pour la rencontre simple mais combien humaniste avec un des frères présents. Pour cet exemple rare d’œcuménisme en terre d’Islam. Alors que ce soit à pied ou en voiture allez-y, mais ne vous trompez pas de voyage ! Vous êtes prévenus….